Sunset park – Paul Auster

Sunset park

  • Auteur: Paul Auster
  • Editeur: Actes Sud
  • Date de parution: 05/09/2011
  • EAN13: 9782742799343
  • Genre: LITTERATURE ANGLO-SAXONNE
  • Langue: francais

Resume de “Sunset park”

Peuple de personnages qui sont autant d’ecorches vifs sur la scene pleine de bruit et de fureur du complexe roman familial qui les rassemble, Sunset Park explore les capacites de devastation des traumatismes enfouis lorsque ces derniers viennent, de surcroit, a se trouver relayes par la cruelle evolution des societes materialistes contemporaines. Ou comment sept ans apres l’effondrement des Twin Towers, la crise des sub-primes, portant un nouveau coup au reve americain, oblige les individus a une douloureuse et radicale

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revision dans la maniere d’apprehender leur propre histoire.
Le roman de Paul Auster s’ouvre sur des maisons abandonnees en catastrophe par leurs occupants mis a la rue par la crise des sub-primes, et qu’on vide des objets qu’elles contiennent. “Chacune de ces maisons est une histoire d’echec – de faillite, de cessation de paiement, de dettes et de saisie.” Au bout d’une vie brisee, un jeune homme, Miles Heller, fait partie de ces demenageurs un peu particuliers qui, sept ans apres l’effondrement des Twin Towers, hantent ces nouveaux decombres du reve americain pour en rassembler les rebuts.
Un ete, dans l’echauffement d’une banale dispute adolescente, Miles a provoque la mort de son demi-frere, Bobby, sur une route de montagne. Bien que tres differents l’un de l’autre, les deux jeunes gens avaient pourtant reussi a vivre en bonne intelligence, depuis le mariage de leur pere et mere respectifs, Morris et Willa.
Sept ans apres le drame, toujours taraude par la culpabilite qui ne desarme pas, Miles, alors etudiant, decide de quitter le domicile familial, a la suite d’une conversation qu’il a un soir surprise entre Morris et Willa, laquelle ne se remet pas de la disparition de son fils. Abandonnant de prometteuses etudes, il finit, au bout d’une longue errance, par s’installer a Miami ou il s’eprend de Pilar, une jeune fille d’origine cubaine encore mineure et tres surveillee par ses soeurs ainees. Nul, pas meme Pilar, ne se doute que Miles est issu d’une famille de l’upper class americaine, que son pere Morris Heller est un editeur respecte de New York ou que sa mere, Mary-Lee, est une celebre actrice de series televisees qui s’apprete a jouer dans Oh, les beaux jours ! de Beckett, sur la scene d’un prestigieux theatre de Greenwich Village.
Quand mue par la jalousie, Angela, l’une des soeurs de Pilar, le menace de l’accuser de detournement de mineure et le soumet a un chantage, Miles quitte Miami en catastrophe, faisant jurer a Pilar de venir le retrouver a New York ou il compte se refugier chez l’un de ses amis, Bing Nathan, avec lequel il est reste de loin en loin en contact. Comme Miles, mais pour d’autres raisons, Bing, mal a l’aise dans son corps et dans sa sexualite, a pris le parti de vivre en marge de la societe. Createur d’un improbable “hopital des objets”, il entrepose dans un hangar de Brooklyn des epaves de toutes sortes qu’il restaure ou repare. L’entreprise est, contre toute attente, relativement lucrative, et Miles est invite a la rejoindre ainsi qu’a loger dans une maison abandonnee de Sunset Park ou Bing squatte en compagnie de deux jeunes femmes, Alice et Ellen, qui ne restent pas longtemps insensibles a l’etrange seduction du nouveau “locataire”. Alice est, a Columbia, une thesarde aussi talentueuse qu’impecunieuse qui, a ses moments perdus, offre des services tres modestement remuneres au PEN Club, dont elle apprecie le combat pour la defense des ecrivains persecutes de par le monde. Hyper-emotive et totalement inhibee, Ellen est quant a elle une artiste-peintre en proie aux affres de la creation, peinant a assumer la nature bizarrement erotique de son inspiration.
Miles ignore cependant qu’a son insu, Bing a des annees durant servi d'”informateur” a un Morris Heller mort d’inquietude, tenant ce dernier au courant de tous les deplacements de son fils et offrant ainsi au grand editeur new-yorkais la possibilite de sauter de temps a autre dans un avion pour, planque dans une voiture de location, observer Miles de loin et se rassurer sur le sort de celui qui a coupe tous les ponts avec son passe.
Alors que la jeune generation incarnee par les quatre squatters de Sunset Park peine a entrer dans l’age adulte et a s’integrer a la societe, eclate la crise des sub-primes. Celle-ci n’epargne pas le monde de l’edition et Morris Heller passe desormais son temps a batailler contre les financiers afin de continuer a publier des auteurs aussi peu “rentables” que Renzo, un ecrivain-culte devenu avec le temps son meilleur ami et son confident.
Informe par Bing de l’arrivee de Miles en ville, Morris ne veut rien forcer ni precipiter. Outre les problemes professionnels qu’il rencontre, il est en train de vivre une grave crise avec Willa que le temps, loin d’apaiser son deuil, semble rendre de plus en plus fragile et vulnerable, et qui s’est refugiee en Angleterre, menacant de ne plus remettre les pieds a New York. Morris trouve alors un reconfort inattendu en la personne de sa premiere femme, Mary-Lee, venue de Californie pour jouer la piece de Beckett. Entre souvenirs, nostalgie, reglements de comptes et dechirements, la famille semble alors commencer a se reconstituer peu a peu, sur fond de blessures innombrables qui ne cessent de se rouvrir.
Peuple de personnages qui sont autant d’ecorches vifs a tous les ages de la vie et qui, pendant une courte periode, evoluent sur le theatre plein de bruit et de fureur du complexe roman familial qui les rassemble, Sunset Park met en scene le role joue dans nos vies par tous les souvenirs et les traumatismes enfouis quand, remontant a la surface, ils impactent la destinee des uns et des autres pour, quel que soit le prix a payer, les ancrer enfin dans un present partage.
Abandonnant la position retrospective qui caracterisait les protagonistes de ses trois derniers romans – Dans le scriptorium (2007 ; Babel n° 900), Seul dans le noir (2009 ; Babel n° 1063), Invisible (2010) -, Paul Auster n’en continue pas moins a poursuivre, sur un mode ici plus compassionnel, la reflexion qu’il mene sur le douloureux passage du temps tel qu’il peut s’eprouver, ici et maintenant, chez des etres jeunes confrontes a l’impitoyable et multiforme cruaute des societes contemporaines.