Quels sont ces chevaux qui jettent leur ombre sur la mer ? – Antonio Lobo Antunes

Quels sont ces chevaux qui jettent leur ombre sur la mer ?

  • Auteur: Antonio Lobo Antunes
  • Editeur: Christian Bourgois
  • Collection: Litterature Etrangere Bourgois
  • Date de parution: 03/04/2014
  • EAN13: 9782267026337
  • Genre: LITTERATURE HISPANO-PORTUGAISE
  • Langue: francais
  • Format: 200x132x20
  • Poids: 426g
  • Nombre de page(s): 432

Resume de “Quels sont ces chevaux qui jettent leur ombre sur la mer ?”

Dimanche de Paques, la pluie ne va pas cesser. Bientot six heures, bientot l’estocade finale. A Lisbonne, une femme se meurt, veillee par ses enfants qui s’entredechirent. Tour a tour, ils se rememorent les heures fastes de l’histoire familiale – lorsque l’elevage de taureaux de combat faisait la fierte et la prosperite des Marques -, en meme temps qu’ils sondent les recoins les plus sombres de leurs existences. On entend ainsi Francisco, le fils acariatre, ronge par la frustration et le ressentiment qui n’en finit

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pas de maudire feu son pere de les avoir ruines au casino ; Joao, consume par la maladie et l’amour des petits garcons ; Ana, errant dans le terrain vague, en quete de sa dose de poudre ; Beatriz, ” dans le tunnel de sa panique “, persuadee que des chevaux traversent la plage au grand galop en jetant leur ombre sur la mer. Quant a la vieille servante meprisee, Mercilia, elle vit dans la famille de toute eternite et sait les secrets qui ont fait gonfler, comme autant d’abces a crever, les rancoeurs, les hontes et les non-dits.
Tandis que les defunts se gaussent ou s’offusquent et que Dieu, ” mesquin comme toujours “, s’est absente pour affaires, chacun s’echine a remuer le farrago de ses souvenirs. Car se rappeler, c’est vivre encore, et prendre la mesure de sa decheance aidera peut-etre a retarder le coup de grace.
La structure du livre renvoie a la dramaturgie tauromachique. Elle adopte les phases principales du deroulement d’une corrida, avec sept chapitres: Avant la corrida, Tercio de capote, Tercio de piques, Tercio de banderilles, La faena, La suerte suprime, Apres la corrida. Hormis le premier et le dernier qui sont comme le prologue et l’epilogue de l’histoire, tous les chapitres sont divises en quatre parties, dans lesquelles prennent successivement la parole les protagonistes de ce ” combat ” qui culminera avec la mort de la mere.
On a parfois la sensation de voir une situation se dessiner, au gre des reminiscences. Le livre prend corps par des superpositions, des reagencements, des redistributions entrelacees. Les objets du quotidien (” qui se mefient de nous “), les bibelots, les poignees de porte, les meubles, les lattes du plancher, les dentiers, semblent conspirer pour affliger un peu plus ceux qui decidement ne savent par quel bout attraper la vie pour ne pas se laisser tomber et la briser en mille morceaux.
Si Lobo Antunes a comme nul autre le don de rendre poignants de menus riens, il arrive aussi que des grossissements grotesques de la realite, des deformations a la Picasso, voire des embardees dans le fantastique, fassent basculer le texte, pour le plus grand plaisir du lecteur, dans le tragicomique ou le burlesque.
Les protagonistes ne sont pas dupes de leur statut de personnages de papier et ne se privent pas de le faire savoir a l’ecrivain au travail, qui semble parfois decouvrir l’histoire en meme temps que nous. Il arrive qu’ ” Antonio Lobo Antunes ” soit nommement pris a parti par ses creatures insatisfaites, ce qui ne l’empeche pas de mener jusqu’a son terme un livre qui encore une fois ne peut qu’emouvoir, des lors que l’on accepte de se laisser submerger par le flot de son ecriture.